LIBRETÉ

Tout le monde sait que les enfants qui se perdent un soir de pluie finissent invariablement par quitter le monde des adultes. Goutte après goutte, ils pénètrent peu à peu dans la Ville, un labyrinthe hostile habité par les terribles sirènes de l'averse. Filles informes des flaques, ces créatures naissent avec pour seule raison d'être une faim insatiable de chair fraîche… tout particulièrement de la chair de petits enfant égarés. Adoptant mille déguisements, usant de mille ruses, elles n'ont de cesse de poursuivre les nouveaux arrivants pour les dévorer.
Beaucoup d'enfants sont emmenés par les sirènes dans les ténèbres et quelques-uns seulement retrouvent par miracle le chemin de la maison et l'amour de leurs parents. Et puis il y a les autres, ceux qui survivent sans pour autant parvenir à retourner dans leur ancien foyer ; à force d'errance, ceux-là finissent par tomber sur la forteresse des nuées, l'enclave entre les trombes : Libreté.
L'endroit se dresse sur le reflet spectral du monde des adultes. Entre ses murs, les enfants perdus ont réussi à reconstruire une société nouvelle et à survivre aux conditions difficiles des Terres humides. Ils ont tiré un trait sur l'espoir de revoir un jour leurs parents, et se sont enfermés dans un présent fait de querelles entre bandes, de quête de nourriture et de rituels quotidiens. Ils s'imaginent pouvoir vivre ainsi sans se soucier de l'avenir.
Ils ne se rendent pas compte que, dehors, les sirènes de l'averse se rassemblent, un peu plus nombreuses chaque jour, dans l'attente de l'assaut final qui verra tomber la forteresse…

 
 

DE BILE ET D'ACIER

Jusqu’ici, vous avez incarné un petit groupe d’enfants repliés sur eux-mêmes, dans un monde où la pluie ne s’arrêtait jamais, d’où les adultes étaient absents, et où les eaux croupies donnaient naissance aux sirènes de l’averse, monstres affamés de chair humaine.
Posez-vous maintenant la question : que se passerait-il si les sirènes trouvaient le chemin de notre monde, apparaissant au cœur même de nos civilisations pour tous nous dévorer ? Si la nourriture leur était apportée en une abondance telle qu’elles ne pouvaient que grossir, grossir, grossir encore, jusqu’à atteindre le sommet de nos immeubles les plus arrogants, nos villes entièrement livrées à leur voracité sous une averse de fin du monde ?
Si les gouvernements enfin s’alliaient et, pour organiser la riposte mondiale contre l’envahisseur, donnaient naissance à un organisme froid et calculateur ? Si ce Corps de Défense décidait, pour mieux répondre à une ennemie utilisant nos propres cités comme bouclier, de créer des guerriers à leur échelle, de gigantesques robots capables de se porter au contact des géants de bile, où qu’ils soient ?
Et si, pour des raisons mystérieuses, les seuls capables de piloter ces titans n’étaient autre que des enfants ?