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  • Jemrys

Tempête dans un gobelet à dés

Cet article est une réponse à la problématique soulevée dans l'article de Saphie sur le site de l'association La Ligue Ludique disponible ici : https://www.ligue-ludique.fr/un-jdr-qui-sort-dans-casus-belli-est-un-jeu-mort-ne/



« Un JdR qui sort dans un magazine, il est mort-né »


Cette phrase, si c’est moi qui l’ai prononcé dans les circonstances évoquées, est à considérer comme un gimmick d’initiés, je l’utilise sans honte, mais n’en revendique pas la paternité. Cela étant dit, je tiens tout d’abord à m’excuser auprès de Saphie pour le goût amer qu’elle lui a laissé.


Il s’agit effectivement d’une phrase un peu choc qui sert généralement à amorcer une réflexion et une discussion plus poussées, que ce soit lors de conférences ou de conversations plus informelles. L’idée étant, in fine, de fournir le plus d’éléments possible pour alimenter un projet de publication et/ou d’éviter une déconvenue par rapport aux objectifs ou aux espoirs qui ont été nourris.


Le contexte et l’instant ne l’ont finalement pas permis, les sujets allant et venant, mais la réflexion revient ici sous une nouvelle forme. C’est donc l’occasion de préciser un peu ma pensée et ce que je pouvais entendre par là.



Pourquoi j’ai dit ça, et pourquoi je le maintiens.


Personnellement et en tant qu’éditeur, je défends la pérennité des œuvres, leur accessibilité et leur mise en valeur. Cela sous-entend que si je publie quelque chose, j’entends à ce que ce soit disponible. Et au delà de ça, c’est même une obligation contractuelle prévue par le Code de la propriété intellectuelle sous les termes « exploitation permanente et suivie ».


Le principe même du magazine est sa périodicité, chaque numéro chasse le précédent, rendant la disponibilité de ce dernier caduque ou aléatoire. Qui plus est, l’éditeur du magazine en question a tout intérêt à faire la promotion du dernier numéro plutôt que de s’attarder sur un produit dépassé et que l’on espère pour lui déjà rentabilisé. De plus on envisage rarement le retirage d’un magazine.


En termes de promotion du contenu du magazine, l’éditeur a tout intérêt également à en valoriser les différents aspects, démontrant la régularité, la densité, l’intérêt des rubriques habituelles (et donc leur crédibilité). Partant de là, deux manières d’envisager la publication/promotion d’un jeu complet dans ses pages se font jour (les deux ne s’excluant pas nécessairement).

  • Soit c’est quelque chose de plus ou moins récurrent, et dans ce cas on aurait tendance à se rapprocher de l’aspect rubrique précédemment évoqué, auquel cas le contenu, tout qualitatif qu’il soit, est un « non-événement » ; il n’apporte pas de plus-value particulière, il se fond dans le reste, et il sera chassé dans le numéro suivant par le nouveau contenu de ladite rubrique.

  • Soit c’est un événement spécial en soi, et on peut imaginer une « survalorisation » par rapport au reste du contenu, histoire de bien marquer le coup. Ce qui peut prendre diverses formes comme par exemple un numéro spécial ou un hors-série.

En bref, si tant est que l’on considère qu’un jeu publié comme une rubrique dans un magazine est un produit, sa durée de vie en tant que tel est bel et bien extrêmement limitée.


Le cas particulier du hors-série
Par définition, le hors-série s’affranchi des contraintes liées au magazine dont il est issu. Et s’il se trouve que le contenu (ici un jeu de rôle complet donc) en prend l’intégralité des pages, on s’aperçoit à ce moment que ce qui est vendu et mis en valeur est bien l’œuvre en elle-même.
Pour prendre l’exemple de Casus Belli dernière génération, la différence de traitement et d’exploitation n’est pas à démontrer entre les jeux complets fournis dans les pages de la version régulière (Magistrats & Manigances, Petit Peuple, Yenka) et ceux faisant l’objet de financements participatifs à succès et portant la mention hors-série (Chroniques Oubliées Fantasy ou Contemporain, Raoul).


N’est pas mort ce qui à jamais dort…


Est-ce à dire pour autant qu’il n’y a aucun intérêt à publier son jeu dans un magazine ? Pas du tout, et que ce soit bien clair, cela n’a jamais été mon propos. Que ce soit en termes de visibilité ou d’expérience, le gain est indéniable. C’est de plus une porte entrouverte sur la postérité. Il vaut mieux un JdR publié dans un magazine qu’un projet de livre de base qui ne voit jamais le jour.


On a largement eu le loisir de s’en rendre compte, la mort dans l’édition de jeu de rôle est quelque chose de très relatif. On ne compte plus les nouvelles éditions, les hacks, les systèmes génériques et autres déclinaisons qui permettent de pousser toujours plus loin les expérimentations ludiques et le nombre de produits sur le marché. Et c’est heureux ! Moins pour votre porte-monnaie ou votre temps libre peut-être mais c’est un autre sujet.


Au final, que vous soyez adeptes de la nécromancie, de la galvanisation façon Frankenstein, ou de la réincarnation transhumaniste, dès lors qu’il s’agit de jeu de rôle, la mort n’est pas une fin en soi.


Alors tuez vos idoles, tuez vos PJ, tuez vos jeux, et contemplez leurs rejetons impies donner naissance à toujours plus de formidables créations !


Le JdR est mort, vive le JdR !


Jemrys

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